Montréal en musique – rencontre avec Alain Gagnon

Après plusieurs années comme programmateur au Gesù puis au Club Soda, une des salles de spectacle parmi les plus utilisées au Québec, Alain Gagnon a décidé en début d’année de s’offrir une pause, avec l’envie de rebondir dans un milieu plus social, plus communautaire. L’occasion de prendre un peu de recul et de faire un tour du paysage musical montréalais.

Peux-tu d’abord te présenter, me parler de ton parcours ?
J’ai un parcours atypique dans le sens où je n’ai pas étudié pour devenir gestionnaire d’organisme culturel. J’ai étudié en cinéma et à Musitechnic, puis j’ai travaillé chez Ubisoft 3 ans, pour me diriger ensuite vers le milieu culturel. Au départ, j’ai débuté comme secrétaire au Gesù il y a 15 ans, j’ai progressé pour devenir ensuite coordonnateur, et rapidement adjoint à la direction. J’ai travaillé à cet endroit pluridisciplinaire 10 ans au total, où j’étais dans les dernières années directeur de la programmation. J’ai vu à l’automne 2013 l’offre d’emploi du Club Soda, j’ai tenté ma chance et je fus leur choix. Je n’étais pas seulement directeur de la programmation au Club Soda, également directeur des opérations.

Quel est l’artiste que tu es le plus fier d’avoir programmé au Club Soda et pourquoi ? Tu peux me donner un top 3 si c’est trop compliqué 🙂
Question difficile effectivement, j’ai eu plusieurs coups de cœur. J’affectionne particulièrement la scène locale, voici 3 choix au niveau scène locale et 3 à l’international. Locale : Matt Holubowski, Patrice Michaud, Philippe Brach. Internationale : Fauve, Feu! Chatterton, Stephan Bodzin.

Quelle a été ta plus grosse « claque » en show, comme programmateur et/ou fan de musique ?
Je dirais l’exceptionnel Omar Souleyman.

Omar_Souleyman
Photo – Page Facebook d’Omar Souleyman

Quel est l’artiste que tu aurais rêvé programmer, mais que tu n’as jamais pu ?
Trop difficile de répondre un seul artiste, je vais contourner ta question en disant que j’aurais aimé programmé un band célèbre qui plutôt que d’aller dans une salle plus importante, aurait fait une série de plusieurs shows dans notre salle, qui est plus intime. Cela est presque impossible, aucun booker n’accepterait de faire cela. Par exemple, disons qu’on aurait eu Radiohead qui auraient fait 8 shows au Club Soda.

Quel a été ton album favori en 2017 ? Ou ton top 3.
Philippe Brach – Le silence des troupeaux, Patrice Michaud – Almanach, Peter Peter – Noir éden.

Sur quel artiste tu parierais pour 2018 ? Soit parce qu’il est incroyable en show, soit parce qu’il va exploser cette année.
Loud (entrevue réalisée avant l’annonce de la programmation d’Osheaga – NDR)

Loud rap queb
Photo – Instagram Loud

On a appris récemment que des salles comme le Divan Orange ou le Cercle fermaient. Qu’est ce qui explique ces difficultés ?
Ces salles, comme le Club Soda d’ailleurs, sont les rares salles encore existantes à être indépendantes, privées, et sans financement public. Le défi est immense dans ce contexte.

Beaucoup de groupes sont programmés à Toronto, puis vont directement sur la côté Est des Etats-Unis sans passer par Montréal, pourquoi ?
Les bands qui ne viennent pas à Montréal, c’est en général à cause de l’analyse des promoteurs/diffuseurs/festivals locaux qui considèrent que le risque est trop grand de les faire venir à Montréal, ou le band qui décide tout simplement de ne pas venir à Montréal. L’Ontario est la province canadienne la plus peuplée, Toronto la plus grande ville du Canada, c’est beaucoup plus simple d’attirer plus de gens pour voir ces groupes.

Selon toi, le panel de salles à Montréal est-il suffisant, en termes de taille, programmation, etc..?
Le nombre de salles, le type de salles, est selon moi suffisant et offre une variété de programmation éclectique grâce à ces différentes salles. Par contre, la perte d’une salle comme le Divan Orange est un coup dur pour ce fragile écosystème, beaucoup d’artistes font un Divan Orange avant de viser plus grand, c’est le genre de salle qui permet l’émergence, la découverte.

Qu’est-ce qui fait la particularité et la force de Montréal au niveau musical ?
Le public montréalais est allumé, festif, connaisseur. La ville de Montréal est considérée dans le monde comme une ville créative, de festivals, d’arts, où il fait bon vivre. Il y a aussi la fibre « latine », dans le sens où nous sommes le seul endroit francophone en Amérique du Nord, cela ajoute une passion unique.

Un grand merci Alain, que peut on te souhaiter pour la suite ?
Au niveau personnel, j’ai envie de voyager. Mon souhait professionnel est de relever de nouveaux défis qui me feront vibrer, d’être dans un environnement stimulant, créatif, où il y a un certain engagement social.

Photo de couverture – Page Facebook du Divan Orange

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